Groupe d’études et de recherche en analyse des décisions

La théorie des jeux évolutive : une approche expérimentale

Luc-Alain Giraldeau Professeur, Département des sciences biologiques , Université du Québec à Montréal, Canada

Les animaux sont régulièrement confrontés à des situations de décision : quel aliment accepter, quelle proie attaquer, se battre ou battre en retraite? Les écologistes du comportement qui étudient ces décisions supposent avant tout que la sélection naturelle a eu le temps de façonner les processus décisionnels des animaux afin qu'ils aboutissent en général au choix qui procure le plus grand bénéfice biologique à l'animal. En d'autres mots, en faisant usage d'aptitude biologique au lieu de l'utilité, il devient possible de concevoir qu'un animal puisse être doté de mécanismes simples qui se manifestent par des choix rationnels. Cette capacité à choisir ne suppose pas un processus conscient, simplement l'existence de préférences qui se manifestent dans des conditions précises.

C'est dans ce contexte que j'étudie le comportement d'approvisionnement social, c'est-à-dire la recherche et l'exploitation de la nourriture dans un contexte de groupe. En particulier, je m'intéresse au choix d'exploiter les découvertes de nourritures faites par les autres, un comportement que je nomme le "chapardage" et qui est particulièrement répandu dans le règne animal. La décision de chaparder est une décision dont les retours sont fréquence-dépendant. Dans ce cas, plus la proportion de chapardeurs est importante moins il est payant de chaparder. Une analyse par théorie des jeux évolutive prédit dans la plupart des cas une fréquence d'équilibre stable de chapardeurs et de producteurs, la stratégie de chercher la nourriture.

Dans ma présentation au GERAD je ferai un rapide survol des modèles producteurs-chapardeurs et des tests expérimentaux que j'ai menés en faisant usage de petits oiseaux granivores, les capucins damiers et les diamants mandarins.